Notre Ancêtre Jacques Archambault

Jacques Archambault
(1604-1688)

Jacques Archambault et Françoise Tourault sont les fondateurs de la grande famille canadienne du même patronyme. Jacques et Françoise se sont mariés en France et ont mis au monde leurs sept enfants, avant d’émigrer en Nouvelle-France. Il s’agit d’une histoire inusitée, pour ne pas dire unique. Ce n’est pas pour rien que ce prénom germanique latinisé Archambaldus signifie indigène, audacieux.

Dompierre-en-Aunis

Au XVIIe siècle, les offices religieux, mariages, baptêmes, sépultures avaient lieu au village de Dompierre-en-Aunis, assez éloigné, à l’époque, du hameau de L’Ardillière. C’est pourquoi en 1833 on rattacha le hameau à la commune de Saint-Xandre, plus commodément située.

D’autre part, afin de distinguer Dompierre des autres Dompierre se trouvant le long du chemin de fer dans le reste de la France, on modifia le toponyme en Dompierre-sur-Mer en 1868. Le village se trouve à 8 km du port de La Rochelle (Charente-Maritime).

C’est donc au lieu-dit L’Ardillière que vécut le couple des ancêtres Archambault. Jacques y naquit en 1604, Françoise, vers 1599. Fils d’Antoine et de Renée Ouvrard, Jacques était laboureur et probablement vigneron, car on a retrouvé un contrat daté du 15 août 1637, aux termes duquel il vendit trois tonneaux de vin blanc à Jérôme Bonnevye, marchand de vin de La Rochelle. Jacques avait un frère et une sœur, Denys et Anne, mariés à Dompierre et qui y firent souche. Jacques et Françoise se marièrent vers 1629.

La famille Archambault

Les sept enfants de la deuxième génération, Denys, Anne, Jacquette, Marie, Louise, Laurent et Marie naquirent tous en France. Seule Louise ne traversa pas l’Atlantique, elle mourut avant le départ de la famille. Ils arrivèrent à Québec avec Pierre Legardeur de Repentigny, directeur de la nouvelle Compagnie des habitants; peut-être le 5 août 1645, plus probablement le 23 septembre 1646.

L’aîné, Denys, reçut le baptême à Dompierre, le 12 septembre 1630. Selon l’historien Faillon, il est l’un des braves qui, le 6 mai 1651, exposèrent leur vie pour secourir Catherine Mercier, femme de Jean Baudart. Ce dernier fut massacré et la pauvre femme, enlevée par les Iroquois et martyrisée dans un endroit inconnu. La même année, à la Sainte-Anne, 200 Iroquois attaquèrent Ville-Marie, en particulier l’hôpital. Lambert Closse et ses hommes soutinrent cette lutte acharnée durant toute la journée. Les attaquants perdirent beaucoup de guerriers. Denys Archambault, mettant le feu pour la troisième fois à un canon de fonte, « fut tué sur le coup par un éclat de cette pièce qui creva et tua beaucoup d’ennemis ». Le héros Archambault fut inhumé le jour même. Il devrait avoir un monument.

Anne épousa à Notre-Dame de Québec, le 27 juillet 1647, Michel Chauvin de qui elle eut deux enfants nés à Montréal. Louis Prudhomme, de passage en France en 1650, apprit que la femme légitime de Michel Chauvin vivait dans la misère à Sainte-Suzanne, en Anjou. Le 8 octobre 1650, devant Paul de Chomedey, selon le minutier du notaire Jean de Saint-Père, Chauvin avoua sa faute. Et l’oiseau bigame reprit en cachette la route de la France. Jean Gervaise, maître boulanger, prit Anne pour épouse le 3 février 1654. Le digne couple, responsable de neuf enfants, fait l’honneur de la descendance Gervais. Anne mourut à Montréal, le 29 juillet 1699.

Quant à Jacquette, le 28 septembre 1648, elle accepta pour mari l’ancêtre Paul Chalifou, veuf de Marie Jeannet. Elle passa sa vie dans la région de Québec et éleva une famille composée de 14 membres. L’aïeule des Chalifou (r) reçut sa sépulture le 17 décembre 1700, à Québec. Marie épousa un brave pionnier de Ville-Marie, Urbain Tessier, dit Lavigne, et lui donna 16 enfants dont la majorité a survécu et fondé un foyer. Marie fut mise en terre à Pointe-aux-Trembles, le 16 août 1719. Ses descendants sont multitude.

Un seul garçon Archambault soutint le patronyme pour le transmettre aux générations d’aujourd’hui, Laurent, le charpentier. Il fut baptisé à Dompierre, le 10 janvier 1642. À l’âge de 18 ans, à Montréal, le 7 janvier 1660, il unissait sa destinée à l’orpheline Catherine Marchand, fille de Pierre et de Geneviève Lespine, de la paroisse Saint-Sulpice, faubourg Saint-Germain à Paris. Le couple s’installa à la côte Saint-Ange. Laurent fut choisi avec François Bau comme marguillier pour construire l’église de Pointe-aux-Trembles, le 18 novembre 1674. Catherine fut inhumée à Pointe-aux-Trembles, le 25 février 1713. Laurent fut enterré au même endroit, le 19 avril 1730. Il avait l’âge respectable de 88 ans. Une douzaine d’enfants leur devaient le don de la vie, dont l’une Marie-Madeleine devint religieuse hospitalière.

La cadette Marie, la seconde de ce prénom, le 27 novembre 1656, à Montréal, devint la femme de l’ancêtre Gilles Lauzon et, par ses 13 enfants, l’aïeule d’une foule de descendants, descendantes.

Tel est le bilan de vie de cette deuxième génération Archambault en Nouvelle-France. Et que dire de la première génération?

Région de Québec

Si la gloire des parents, ce sont leurs enfants, l’honneur des enfants, ce sont leurs parents. Quitter son pays avec une famille en formation pour en adopter un autre, inconnu, presque en friche c’était à la fois un défi et un acte de courage peu ordinaire.

À son arrivée à Québec, il semble bien que Jacques Archambault avait une garantie de protection de Pierre Legardeur de Repentigny. Lorsque sa fille Anne passa son contrat de mariage par devant Bancheron, le 22 juillet 1647, Jacques se présenta comme domestique de Legardeur. Puis, le 2 octobre suivant, Repentigny confia à Jacques l’exploitation de sa ferme. Le bail d’une durée de cinq ans fournissait aux Archambault un logis, deux bœufs, deux vaches, une génisse, des porcs, le tout estimé à une valeur de 732 livres. Jacques était déjà endetté envers Legardeur. Il s’engagea alors à lui payer 898 livres, 10 sols, au retour des navires de France. De plus « dans deux ans », Jacques devra verser 500 livres « pour la moytié de la terre quil luy laissera la premiere année ». Le locataire pouvait couper tout le bois de chauffage qu’il voulait, même pour le vendre, mais en payant 10 sols la corde. Ce contrat un tantinet compliqué, signé Lecoustre, laisse entendre que Jacques venait d’être dupé.

Le 19 août 1649, après la mort de Pierre Legardeur survenue en 1648, Jacques et Jean Juchereau, sieur de Maure, établissent leur état de compte. L’ancêtre est redevable envers son créancier de la somme de 384 livres, 7 sols.

On ne saurait dire si ce bail s’est terminé en queue de poisson. Un fait est certain : le 15 septembre 1651, au fort Saint-Louis de Québec, Louis d’Ailleboust, gouverneur, concéda à Jacques Archambault quatre arpents de terre de front « sur la rivière du grand fleuve Saint-Laurent au lieu appelé le Cap rouge », entre les concessions de Nicolas Pinel et Pierre Gallet. Jean de Lauzon, nouveau gouverneur en fonction depuis le 13 octobre 1651, confirma cet acte de concession le 17 novembre 1652.

Et voici que le 23 septembre 1654 Jacques achète d’Étienne Dumets une maison que ce dernier a construite sur la concession d’Archambault. Prix : 71 livres! Comment expliquer cette propriété de Dumets sur la concession d’Archambault? Dumets avait-il reçu oralement une promesse de vente de cette concession? De toute manière, le jour suivant, 24 septembre, Dumets donne quittance à l’acheteur en présence de Marin Boucher, « soldat au fort de Québec ». Ne s’agit-il pas plutôt de Louis Marin Boucher, fils de l’ancêtre Boucher?

Les censitaires de Gaudarville, le 18 avril 1654, avaient promis de travailler ensemble, armés, à la mise en valeur de leurs terres et de demeurer le soir dans le fort, à cause de la menace iroquoise. Michel Morin avait promis au nom de Jacques Archambault, absent. Jacques semble distrait parce que son cœur est ailleurs.

Le 13 février 1657, Archambault donne une procuration au jésuite Jean de Quen, lui permettant d’aliéner ses biens dans la région de Québec. Selon Marcel Trudel, la terre d’Archambault passa à Gilles d’Anjou, avant 1662.

À Montréal

Les régions de Québec, de Trois-Rivières et de Montréal avaient un urgent besoin de colons. Chaque gouvernement essayait de retenir sur son territoire l’habitant hésitant ou de passage. C’est ainsi que Jacques Archambault fut amené un jour à dire adieu à Québec pour se fixer définitivement à Montréal. Là, l’aîné de la famille y avait rougi le sol de son sang. Anne y vivait depuis plusieurs années, ainsi que Marie. Le 3 février 1654, Jacques était présent au mariage de sa fille Anne avec Jean Gervaise.

Le 18 novembre 1652, M. de Maisonneuve, gouverneur de l’île, lui donnait 30 arpents de terre joignant la ville, entre son gendre Urbain Tessier et Lambert Closse, plus un arpent en ville au nord de la rue Notre-Dame, entre les rues actuelles Saint-Laurent et Saint-Joseph. Le père Archange Godbout ajoute que, le 15 février 1654, Jacques s’engageait à demeurer à Ville-Marie. Louis Loisel obtint une gratification de 1 000 livres; la majorité, 400.

Durant l’hiver de 1655, Jacques et plusieurs habitants de Ville-Marie conclurent un marché avec le maître chirurgien Étienne Bouchard. Celui-ci s’engageait, le 30 mars, à « panser et médicamenter de toutes sortes de mots (!) maladies tant naturelles qu’accidentelles, excepté de la peste », les signataires et leur famille moyennant la somme annuelle de 100 sols ou 5 livres. C’était la première assurance-maladie fondée sur le continent. Si Archambault fit partie de l’accord, c’est qu’il avait jugé que c’était très utile pour sa famille vivant sur le territoire.

Enfin, la situation d’Archambault devient limpide pour les chercheurs d’aujourd’hui. Jacques, le 11 octobre 1658, signe un contrat avec Paul de Chomedey; il creusera un puits de 5 pieds de diamètre dans le fort de Ville-Marie, sur la Place d’Armes. Il garantit 2 pieds d’eau stable au moins dans le fond du puits. Rémunération promise : 300 livres.

Jacques s’était découvert un talent particulier de creuseur de puits. L’abbé Gabriel de Queylus, le 8 juin 1659, communiqua avec Jacques. Il avait besoin d’un puits « dans le jardin de l’hospital dudit lieu ». Archambault, sans broncher, garantit l’eau comme un maître sourcier, « deux pieds deau stable au moins… au-devant du fil deau ». L’ecclésiastique fournira un ceintre de 8 pieds de bois, une vingtaine de madriers, la pierre, la chaux, le sable, etc. Mais, Jacques s’occupera du cordage et recevra 300 livres et 10 pots d’eau-de-vie en échange de l’eau de source!… Jean Aubuchon et Jacques Millot signent comme témoins du marché.

L’ancêtre passa presque pour un sorcier! Dès le 16 mai 1660, Jacques Leber demande à Jacques Archambault de construire un puits, du genre des deux autres qu’il a déjà creusés, pour l’utilité de la commune. La profondeur sera de 15 à 18 pieds. Prix promis : 300 livres et 10 pots d’eau de feu.

Un deuil

Les choses allaient trop bien. Jacques avait du travail, il était considéré. Ses enfants volaient tous de leurs propres ailes. Une seule, Jacquette, vivait à Québec.

Voici que Françoise Tourault tomba malade, gravement. Le médecin Bouchard n’y put rien. Il n’assurait pas contre la mort. Le 9 décembre 1663, l’aïeule courageuse, 64 ans, était mise en terre en présence des siens éplorés.

Pour Jacques, c’était la catastrophe. Comment en sortir? Il n’avait plus 20 ans. Déjà, le 14 octobre précédent, il avait cédé à Jean Auger, dit Baron, la redoute de l’Enfant-Jésus qui protégeait sa concession. Dès le 15 décembre 1663, en présence de Jean Gervaise, Jacques louait sa ferme pour trois ans, à Pierre Dardenne.

Les choses se tassèrent. Jacques combla le vide de sa solitude en épousant Marie Denot de Lamartinière, veuve en premières noces d’Étienne Vien, de Marenne; en deuxièmes noces, de Mathieu Labat, dit Fontarabie; et en troisièmes, de Louis Ozanne, dit LaFronde. Hélas! le contrat de mariage signé à Trois-Rivières devant Séverin Ameau est perdu. On sait cependant que Marie Denot avait pour parents Étienne Denot et Marguerite Lafons, et qu’elle était originaire de Porcheresse, arrondissement d’Angoulême. Évidemment, cette union fut sans postérité.

Dernier quart de siècle

Jacques Archambault vivra encore un quart de siècle et laissera d’autres empreintes de son histoire dans nos archives nationales.

Il fallait d’abord régler la question des héritages de Françoise Tourault, soit la moitié des biens. Les cinq enfants Archambault survivants eurent chacun, en une seule pièce, trois arpents carrés de terre. On procéda au partage le 26 avril 1668, il n’y eut aucune chicane, aucun sang versé. Cependant, Jean Gervaise fit des difficultés lorsque le sergent François Bailly fixa les bornes de sa portion, le 31 juillet 1670. Gervaise n’était pas sur les lieux et sa fierté en fut blessée…

Selon Faillon, le 15 mai 1672, Jacques Archambault figura au nombre des 29 notables qui procédèrent à l’élection du syndic Louis Chevalier. L’ancêtre restait propriétaire de 12 arpents de terre. Les pères sulpiciens se montrèrent intéressés à acheter cinq perches et trois pieds en longueur sur 12 pieds en largeur, le tout aboutissant à la rue Saint-Jacques, près d’Urbain Tessier. Le curé Gilles Pérot, le 3 décembre 1675, déposa 100 livres dans les mains d’Archambault pour prix de cet achat.

Jacques manifesta toujours beaucoup de patience; il possédait, cependant, une mémoire heureuse. Le 26 novembre 1676, nous apprenons que le 10 mai 1660, l’ancêtre Archambault avait contracté le creusage d’un puits pour le compte de Leber, Le Moyne et Testard. Ce dernier n’avait jamais payé sa part : 100 livres, 3⅓ pots d’eau-de-vie. Jacques Testard acquitta enfin sa dette, après 16 ans de retard.

Par contre, le 16 octobre 1679, probablement avant le départ du dernier navire pour la France, Jacques Archambault fait ses procureurs Pierre Marchand et Françoise Pugnet afin qu’ils remettent 152 livres dues des 280 empruntées à son neveu de La Rochelle, le fils de Denys Archambault, son frère. Ceci prouve que, de chaque côté de l’océan, les liens de parenté, d’amitié et d’affaires n’étaient pas coupés.

Au recensement de 1681, Jacques et Marie Denot, 62 ans, vivent au fief de Verdun, en banlieue de Montréal.

Étienne Guyotte, prêtre de Saint-Sulpice, curé de Ville-Marie, signa l’acte de sépulture de Jacques Archambault, le 15 février 1688. On aurait aimé avoir plus qu’une signature pour un ancêtre de cette qualité. Françoise Tourault et Jacques Archambault vivent toujours parmi nous, à cause de leur descendance nombreuse comme les étoiles du ciel.

« Sur le sol canadien, l’arbre de la famille Archambault a poussé de vigoureuses racines dans toutes les directions. Les branches continuent de se ramifier et de porter des fruits. Leur variété et leur excellence n’ont rien perdu de leur richesse » (P.-G. Roy).

Sans les ancêtres Jacques et Françoise Tourault, ce capital humain, richesse de notre peuple, n’aurait jamais existé.

Pierre Archambault